Actualité - Togo


Togo : Difficile cohabitation entre les Kabyè et les Kotokoli

Deux peuples cousins qui ne s'aiment pas. C'est la triste réalité entre les Kabyè (deuxième ethnie du Togo) et les Kotokoli. Et pourtant, l'histoire raconte que les Kotokoli et les Kabyè auraient un ancêtre commun d'autant puisque les deux peuples parlent presque la même langue avec des nuances.



Pascal Bodjona, Ministre d'Etat de l'administration territoriale

Le désamour serait parti de l'avènement du président Eyadéma (un Kabyè) au pouvoir. A tort, les Kotokoli ont perçu dans l'arrivée d'un Kabyè au pouvoir la perte de leur présumée suprématie dans le Nord.

En réalité, si déclin des Kotokoli il y a eu, cela résulterait à notre avis de la déscolarisation en pays kotokoli où les enfants dès le jeune âge sont orientés vers le coran alors que les jeunes Kabyè se dirigent vers l'école. Résultat, le pays kabyè a produit de nombreux cadres alors qu'à l'opposé, les cousins Kotokoli fatigués par la lecture du coran ne trouvent mieux qu’à embrasser que le métier de chauffeur.

En effet, dans le Nord, Sokodé a connu l'école avant le pays Kabyè. Malheureusement, ce sont les Lossos, les Kabyès les Lamba, les Mossi, les Moba, etc. qui fréquentaient le lycée moderne de Sokodé, le plus vieil établissement secondaire dans le Nord. Le clivage dans la scolarisation a fini par créer le malaise entre les deux groupes ethniques qui ne cachent plus leur animosité réciproque. C'est ainsi qu'aux insultes de Kabyè mangeurs de chiens, ces derniers répondirent par Kotokoli fainéants bavards, etc.

Conflits fonciers

Le malaise latent entre les deux peuples a vite fait de déboucher sur des conflits fonciers mineurs vite transformés en conflit politique.

C'est ainsi qu'à la conférence nationale, l'iman Koubadja de Bafilo (qui n'a rien à envier à l'iman Koudou de la Côte d'Ivoire), du haut de la conférence nationale déclare que la préfecture d'Assoli s'étend jusqu'au fleuve Kara! En écho à cet appel anti-Kabyè qui était en vogue dans le pays, les Kotokoli de Fazao déclarent la guerre aux Kabyè de Sotouboua et de Blitta. La guerre eut effectivement lieu et il a fallu l'intervention de feu général Eyadéma pour ramener la paix.

Conflit foncier entre Bouladè et Awandjélo

Il fallait remonter dans le temps pour expliquer ce qui se passe en ce moment entre les populations de Bouladè (Assoli) et celles d'Awandjélo dans la Kozah. Ces deux villages se disputent des lopins de terre à la lisière des deux préfectures. Tout serait parti de la vente des terres par les Lama d'Awandjélo.

Le canton de Lama dans la Kozah est l'un des cantons les plus vastes de la préfecture. Avec l'urbanisation de la ville de Kara, les populations du canton de Lama, propriétaires des terrains ont pris goût à la vente des terres. A Awandjélo, les Kotokoli d'Assoli estiment que les populations d'Awandjélo empiètent sur leurs terres d'autant puisqu'ils revendiquent les terres jusqu'au fleuve Kara. Une blague de mauvais goût pour les populations d'Awandjélo qui estiment être sur les terres que leur ont léguées leurs ancêtres. Ironie du sort, les Kotokolis d’Assoli achètent leurs terrains à Atéda auprès de ceux qu’ils estiment ne pas être les propriétaires.

Pour calmer le jeu, le ministre Pascal Bodjona de l'Administration Territoriale et des Collectives Locales, polygrotte maniant toutes les langues du pays a été envoyé par le chef de l'Etat dans la localité, le samedi dernier. Après avoir écouté les populations limitrophes, il a proposé la suspension de la vente des terres en attendant qu'une solution définitive soit trouvée au litige.

A suivre


Publié le 16.06.11 / Par KAO Victoire (La Dépêche)