Actualité - Togo
Dossier : Gilchrist Olympio serait-il le fossoyeur du changement au Togo? / CHAPITRE 2 - Pourquoi la France a-t-elle peur de Gilchrist?
Comme vous avez pu le constater tout au long du premier chapitre, cette lutte a entraîné d'importantes pertes en vies innocentes aussi bien dans l'armée que dans la société civile sans épargner des proches collaborateurs de Gilchrist lui-même dont feu Marc Atidépé, un fidèle parmi les fidèles.
C'était le 5 mai 1992 à Soudou où Ernest Gnassingbé avait tendu un guet-apens contre le
convoi du leader de l'UFC en pré-campagne électorale à travers le pays. Heureusement
Gilchrist a survécu à cet attentat et à en croire certains spécialistes nous aurions
frôlé à l'époque le pire c'est-à-dire la guerre civile. Néanmoins cet ignominieux acte
barbare et odieux a eu pour "avantage" de provoquer l'effet inverse que celui visé par
son principal auteur.
Il avait donc entraîné la hausse de popularité de Gilchrist qui s'étendait désormais
jusqu'à l'entrée de Pya, pour ne pas dire aux portes des Gnassingbé. Dans ces conditions,
il ne faisait plus l'ombre d'aucun doute que Eyadema, déjà affaibli par la Conférence
Nationale Souveraine, perdrait proprement des élections de 1993 sous les cameras de la
communauté internationale.
Pour contrecarrer le leader de l'UFC, les principaux piliers d'alors du RPT composés du
trio Péré-Agbéyomé-Natchaba découvrent le point faible de son dossier: certificat médical
signé par des médecins non Togolais de Val de Grâce et de l'Hôpital Américain de Paris.
"A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire"; chose curieuse Eyadema aussi semble connaître
la valeur de cette citation de Corneille. Alors pour faire croire à l'opinion internationale
du caractère démocratique de son régime, il se décide à affronter Gilchrist sur le terrain
électoral. Naturellement, en se prêtant au jeu démocratique, il ne se doutait pas ni de notre
vote sanction, ni de notre soif de liberté et surtout notre volonté d'opérer un changement
à 180 degrés.
Pour faire cette révolution douce, il faut non seulement un homme nouveau mais aussi
celui-ci doit être le contraire d'Eyadema et l'occasion des élections de 1998 était trop
belle. Pour un scrutin à 2 tours, plus de 3 togolais sur 5 ont voté pour Gilchrist dès le
premier. Mais, c'était mal connaître Eyadema qui, subissant déjà la punition divine avec
les prostates et un cancer de la gorge, désirait mourir sur son fauteuil présidentiel
comme un roi. Il avait assurément peur d'affronter la justice, régulièrement brandie par
son adversaire, pour rendre compte de sa funeste gestion du pays.
Ainsi sa machine à frauder les résultats électoraux incarnée par un certain Général
Séyi Mèmène s'était mise à l'œuvre et le reste de l'histoire tout le monde le connaît. De
son côté la France non rassurée par un Gilchrist pro américain, va laisser faire Eyadema
comme pour nous dire qu'elle pouvait maîtriser un voleur dont elle connaissait les méthodes
plutôt qu'un sorcier dont les sorties nocturnes lui échappaient.
En effet, la France a toujours peur de perdre son influence sur le Togo au détriment des
USA et notamment, à en croire certains spécialistes, ne plus pouvoir contrôler ses
intérêts "mafieux" qui transiteraient par notre pays. Cette peur pouvait se justifier par
le fait que Gilchrist n'a pas été formaté dans le moule français des dirigeants des
Territoires d'Outre-mer (entendez Afrique Noire Francophone).
De même, il n'était apparemment non plus disposé à se laisser formater sur le tas. Pire
encore, Gilchrist de part ses déclarations semble être antipathique à la France et tout ce
qui résonne français et ceci depuis l'assassinat de son père.
D'ailleurs cette rancune de plus de 40 ans qui lui ronge le cœur ferra que personne dans
l'hexagone ne lèvera le moindre pouce pour dénoncer le trucage des résultats par Eyadema.
Une fois encore le désire de Gilchrist de déposer Eyadema, légalement cette fois-ci, ne sera
pas assouvi au grand dam des Togolais.
Par
Mohammed YOUSSIF
mohammed_yusif@voila.fr
