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Dossier : Gilchrist Olympio serait-il le fossoyeur du changement au Togo? / CHAPITRE 5 - Les raisons cachées d'une non-candidature.

A la faveur d'une amnistie générale, Gilchrist débarqua au Togo en juillet 1991 après plus d'un quart de siècle d'exil avec la ferme détermination d'en découdre avec Eyadema et tous ses collaborateurs.

A la tribune de la Conférence Nationale Souveraine il y a eu des interventions qui n'avaient rien à envier à celle de l'opposant historique. Mais grâce à des scénarii bien préparés, sa communication avait été ponctuée par des salves d'applaudissements.

Ce qui s'était passé ce jour-là dans la Salle Fazao de l'hôtel du 2 février ressemblait à s'y méprendre à un discours d'un leader de l'ex Union Soviétique ou à une télé-réalité à l'américaine. Des chauffeurs de salle auraient été gracieusement payés pour mettre de l'ambiance.

Quand était venu le moment d'élire le Premier Ministre de la transition, il s'était positionné et avait soutenu ouvertement l'avocat Joseph Kokou Koffigoh contre le professeur Léopold Gnininvi tout en monnayant les voix des délégués d'esprit faible et peu scrupuleux en faveur de son candidat. Ce faisant, Gilchrist espérait pouvoir facilement exploiter la versatilité d'un avocat plutôt que la pseudo-rigueur d'un physicien comme un appui pour assouvir à son dessein.

Malheureusement pour lui, Eyadema s'était montré beaucoup plus habile en utilisant tous les moyens d'intimidation et de corruption dont il était passé maître en la matière pour récupérer le Premier Ministre. Dès lors des Togolais ont commencé à regretter de n'avoir pas eu Gnininvi à la place de Koffigoh.

Surtout que ce dernier s'était métamorphosé après les tirs d'obus qu'il avait essuyé dans la nuit du 3 à 4 décembre 1991, et comme un animal étourdi par une frayeur il ne reconnaissait plus qu'une seule voix : celle d'Eyadéma.

Ceux qui ont connu l'homme avant son passage à la primature ne le reconnaitront plus. Tellement il avait subit une transmutation aussi bien en idées qu'en morphologie. D'ailleurs en trois années de transition, Koffigoh a sortie des joues comme s'il avait été boxé toute une nuit par Mike Tyson ou Djaffa Balougou.

En effet ce que Gilchrist n'a jamais dit à haute voix, c'est qu'il a tiré des leçons de l'attentat de mai 1991 contre sa personne et ce qui était arrivé à Koffigoh à la primature sept mois plus tard.

Ainsi, Il apparaît visible et d'une certaine manière évident que tous les chemins qui mènerait Gilchrist à la magistrature suprême au Togo étaient semés d'obstacles et embûches. Comme vous ne pouvez pas vous en douter, l'homme est suffisamment intelligent et par conséquence conscient de la situation et ne semble non plus être dupe.

Dès lors, il lui apparaît que même si Eyadéma acceptait de faire le jeu de la démocratie en lui laissant accéder au pouvoir, la probabilité qu'il finisse comme son père était très élevée pour ne pas dire cent pour cent.

C'est pourquoi, comme dans une guerre des tranchées, avant de lancer une fronde contre son ennemi juré, il précautionnait toujours de se mettre en lieu sûr. Remarquez que ses plus virulentes attaques contre Eyadéma et son régime ont toujours été faites de Paris ou d'Accra.

Aujourd'hui les questions que l'on peut se poser sont les suivantes : Pourquoi a-t-il persisté dans sa logique de détrôner Eyadema et venger lui-même son père ? Etait-il sincère ou c'est plutôt la disparition soudaine d'Eyadema qui a changé la donne ? Quelle était son réelle intention lorsqu'il s'engagea dans ce combat qu'il a perdu depuis sa dernière (du moins officielle) rencontre avec Obasanjo?

En effet, cet homme qui naguère, faisait feu de tout bois pour détrôner Eyadema se la coule désormais douce avec le fils du supposé assassin de son père. Autrefois il refusa de reconnaitre le père comme président mais aujourd'hui il n'hésité pas de se faire recevoir par le fils au palais de la présidence. On me dira que le fils n'est pas le père et pourtant comme le père le fils trône sur le sang de nos chers.

En réalité le moins que l'on puisse dire sans aucun risque de se tromper, c'est que le Maréchal n'a plus ses forces des 40 ans. Maintenant qu'il tend irrésistiblement la main au club des octogénaires, l'homme se serait rendu compte qu'il n'a plus rien à attendre de la vie politique et se soucierait peu de sa place dans l'histoire du Togo.

En effet, à cet âge et surtout avec un physique malmené par les séquelles de l'attentat de Soudou, il n'est plus un secret pour personne qu'il ne tient plus bien solidement sur ses 2 jambes. J'ai pu le constater par moi-même en 2005 lors des diverses manifestations organisées à Paris après l'usurpation du pouvoir par Faure. D'autre part, l'homme serait financièrement atteint.

Ce dernier aspect de sa vie devrait nous permettre de comprendre le sens de cette phrase d'Obasanjo : " Tu n'es pas un homme " alors qu'il avait commencé par gesticuler quelques jours seulement après avoir rencontré ce dernier. Autrement dit, un homme ne devrait avoir qu'une seule parole. Depuis lors, cette remarque d'Obasanjo résonnerait dans la tête de Gilchrist comme une force de rappel pour qu'il n'oubli pas son engagement pris à Abuja. Tout togolais ne devrait plus chercher à comprendre le sens des actes qu'il pose ou posera et encore moins chercher à les défendre.

Actuellement Gilchrist semble se muer en un grand acteur de Hollywood qui joue dans la tragi-comédie togolaise ou un joueur d'échec qui se sait perdant mais obligé de continuer la partie afin de permettre aux sponsors de nous abreuver de leur bonne volonté à nous aider. Nous devons savoir que Gilchrist semble avoir obtenu ce qu'il voulait et plaisante sur notre destin.

Dans les jours, mois et voire années à venir vous découvrirez par vous même son butin. Déjà, observez ses propos d'avant et après avril 2005. Vous ne reconnaitriez plus celui qui se disait chercher à libérer le Togo des griffes de la dictature.

En bon homme politique qu'il voulait devenir, Gilchrist sait mieux que quiconque que pour gagner les présidentielles, il faut d'abord avoir le contrôle d'un certain nombre de nos villes et préfectures. On devrait chercher d'abord à obtenir l'organisation d'élections locales. Mais seul Gilchrist pense du contraire. Il a préféré passer des années à vouloir que le régime lui accorde une dérogation permettant d'être candidat à l'élection présidentielle.

Une fois qu'il l'a, au lieu de s'installer au Togo comme Koffi Yamgnane, il a préféré rester à Paris avec quelques descentes à Accra. A-t-il oublié ou ignore-t-il qu'on ne peut pas manger une bonne sauce de gombo si l'on n'est pas devant son assiette? Mieux à quelques mois de la présidentielle, Gilchrist invoqua des arguments qui ne devraient convaincre personne sauf ses supporteurs souffrants d'une amétropie d'analyse pour se faire bloquer aux Etats-Unis.

Alors, pour nous faire avaler sa couleuvre, il fera semblant de critiquer le régime RPT en envoyant son soi-disant dossier avec un certificat médical signé des médecins américains. Une chienne ne mord pas son enfant jusqu'aux os. Gilchrist n'est pas insensé ; il sait très bien que pour être candidat à la Maison Blanche ce ne sont pas aux médecins écossais ou à ceux de l'IRA de délivrer un certificat médical aux présidentiables américains mais bel et bien des médecins américains. De même pour rentrer à l'Elysée, ce ne sont pas non plus aux médecins allemands qu'il faille s'adresser mais à leurs collègues français. Cela n'a rien à voir avec les compétences des uns et des autres. C'est une question de principe institutionnel et de souveraineté de chaque nation.

Ainsi, on ne peut pas diriger un pays si on n'est pas près à faire confiance aux institutions du pays. Comprenez donc que toute cette histoire autour de son dossier de candidature ne serait rien d'autre qu'un scénario de sa nouvelle pièce de théâtre qu'il est en train de dérouler.

Et comme cela ne lui suffisait pas, non seulement il se ferait prier pour donner son soutien à Jean Pierre Fabre mais une fois à Accra il n'avait pas hésité de décrocher des flèches contre le FRAC. Il remet en cause des décisions du bureau national de l'UFC qui n'ont pas reçues sa bénédiction et promet de faire le nettoyage une fois le coup de force de son nouvel employeur Faure consommé.

L'actuelle épreuve de force que mène le FRAC sur le terrain doit l'inquiéter sérieusement car pour une fois depuis vingt ans il se trouve devant l'évidence qu'il a perdu le contrôle de la résistance populaire contre la dictature du RPT.

Même les membres de l'UFC qui autrefois obéissaient à ses injonctions ont compris qu'ils peuvent se passer du Maréchal.

Il ressort de tout ce qui précède que Gilchrist a franchi la quatrième dimension. Tout comme Edem Kodjo ou Zarifou Ayéva ou encore Léopold Gnininvi, le Maréchal a rejoint définitivement le club des togolais qui pensent que la somme des intérêts individuels est égale à l'intérêt général. Il doit désormais être traité comme tel. Qui n'a pas de prix ? Faites ce que je vous dis mais pas ce que je fais. Que reprochait-il donc à feu Amah Gnassingbé, Edèm Kodjo, Zarifou Ayéva et tous les autres ?

En réalité que peut reprocher un caméléon à un singe ? Rien ! S'il est vrai que ce dernier saute bruyamment de branche en branche, il n'en demeure pas moins vrai que le premier garde silencieusement la même branche tout en changeant lentement de couleurs. C'est donc une question de stratégies, de prédispositions naturelles et de moyens. Qu'attend-il pour dire la vérité au peuple ?

Comment pouvez-vous trahir la mémoire de toutes ces personnes mortes pour vous ? Mes pensées vont particulièrement à feu Marc Attidépé, il avait échappé aux geôles du père pour enfin tomber sous les balles d'un fils. Auriez-vous le courage de croiser les regards de tous celles et ceux qui ont été mutilés à vie pour vous ?

Auriez-vous le courage de diner à la même table avec le fils après avoir passé presque toute votre existence à refuser de rencontrer le père ? Désormais rien ne semble plus impossible, seul l'avenir nous le dira.

… à suivre…


Par
Mohammed YOUSSIF
mohammed_yusif@voila.fr


Publié le 16.04.10