Culture & Société
Togo : Elles veulent toutes être au volant, peu importe le prix
Beaucoup de femmes conduisent aujourd’hui. Certaines le font par nécessité, d’autres par effet de mode, pour épater. Pour cette dernière catégorie tous les moyens sont bons pour avoir un véhicule. Une attitude qui déséquilibre certains foyers et représente un danger pour la sécurité routière.

Elles veulent toutes être au volant, peu importe le prix
Conduire pour trouver un travail, aider leurs maris ou… être vues au volant et montrer
qu’elles ont changé de standing ! A Lomé, les femmes souhaitent conduire pour diverses
raisons. «J’ai appris pour le look, car j’enviais les autres conductrices. Le véhicule
est ensuite devenu un besoin.», raconte Rita, une étudiante.
Avant les années 90, il était rare de voir dans la capitale togolaise une femme conduire.
Depuis, les hommes qui ont assez de moyens ont mis des voitures à leur disposition, ce qui
a en quelque sorte créé une nouvelle classe d’épouses des hommes dits communément «forts»,
c’est-à-dire riches. Par effet de mode, les maris fortunés achètent une voiture pour leurs
conjointes.
Celles qui ont des maris moins riches prennent même des crédits auprès de coopératives
moyennant un gage ou une hypothèque dans le seul but de se procurer un véhicule. Avec un
petit commerce comme la vente de souliers usagés ou la friperie, le plus souvent, elles
ne parviennent pas à rembourser à temps et cela leur cause beaucoup d’ennuis. D’autres
femmes, qui travaillent dans des entreprises publiques ou privées, économisent chaque mois.
D’autres enfin répondent à tous les besoins d’hommes riches puis leur forcent la main pour
qu’ils leur achètent une voiture. Ces mécènes se trouvent quelquefois ensuite confrontés aux
dépenses de carburant ou de réparation des véhicules...
S’endetter ou divorcer
Certaines épouses vont jusqu’à rompre avec leurs maris quand ces derniers ne peuvent pas
assumer financièrement. «Mon ex-femme m’a obligé à lui acheter un véhicule.
Dans un premier temps, je louais pour elle une voiture, puis je me suis trouvé dans des
difficultés financières et j’ai arrêté de le faire.
Elle s’est donc arrangée elle-même avec les propriétaires de voitures avec des frais dont
j’ignorais la provenance. Finalement, elle est partie vivre chez un autre homme qui avait
plus de moyens que moi», se souvient un monsieur. Regrettant tout ce qu’il a perdu pour
satisfaire son ex-épouse, il conclu : «J’ai appris qu’elle s’est séparée de son deuxième
mari, car lui non plus n’était pas capable d’assouvir son désir ».
Certaines femmes sont tellement obsédées par cette même idée qu’elles ne passent pas par les
autoécoles et apprennent à conduire dans leurs parcelles ou sur la voie publique. Avec tous
les risques que cela comporte pour elles-mêmes et pour les autres... «C’est mon mari qui m’a
appris. Lorsqu’il sortait, il me montrait comment manier le volant et les pédales. Je suis
aujourd’hui capable d’aller en ville avec notre voiture», assure S., rencontrée sur la route.
Comme la plupart de ces dames ne passent pas par des écoles spécialisées, elles ne
connaissent pas le code de la route et sont confrontées à toutes sortes de problèmes pour
lire les panneaux de signalisation ou faire face aux embouteillages.
A l’inverse, celles qui ont appris dans ces écoles et qui détiennent un permis de conduire en
règle après avoir réussi un examen pratique et théorique, manie facilement le volant. La
plupart des hommes interrogé sur la question, souhaite que les femmes soient sensibilisées
à passer par des écoles spécialisées et à prendre en compte la capacité financière de
leurs maris pour ne pas créer des dépenses imprévues et des problèmes dans leurs foyers.
«Avec l’afflux des véhicules au port autonome de Lomé et la parité en vogue, c’est tout à
fait normal qu’elles conduisent, mais toutes ne procèdent pas de la bonne façon »,
ont exprimé certains hommes.
